Dan Fante, fait partie de ces auteurs alcooliques (ou qui le furent) qui ont offert, ou continue d’offrir au monde une littérature noire et imbibée, d’une qualité indéniable. Avant, il y a eu de nombreux écrivains, dont tu as déjà parlé ici pour certains : Bukowski, Carpenter, Exley, Fallada, London, Lowry, et cætera. Aujourd’hui, il faut rajouter à cette liste Dan Fante qui suit les traces de son père John en ayant largement réussi à se faire un nom.
Tu l’as découvert, pour ta part, avec De l’alcool dur et du génie (dont tu te sens obligé d’indiquer l’inénarrable titre original, A Gin Pissing Raw Meat Dual Carburator V8 Son Of A Bitch From Los Angeles ; 13e Note, 2010), recueil de poésie éthylique qui t’avais beaucoup plu. Tu compte parmi les lecteurs qui ne pleurnichent pas quand on les secoue. Ce n’est pas pour toi, les fleurs bleues ; tu brûlerais volontiers les Chick et MILF Litt (et leurs auteurs). Fante, en tous points, te convient.
Avec Régime sec, cela se confirme. Pour cause : le recueil de nouvelles s'intitule à l'origine Short Dog : Cab Driver Stories from the L.A. Streets. Le terme Short Dog se réfère à des petites bouteilles de vin (375 ml) de mauvaise qualité que l’on peut acheter aux États-Unis. On comprend donc que les huit textes qui composent cet ouvrage vont parler des problèmes d’alcool, voire d’ivrognerie, d’un conducteur de taxi (cab) à Los Angeles. Le titre français, Régime sec (sous-titré fidèlement Mésaventures d’un taxi dans les rues de L.A.), s’y montre fidèle. Déjà dans son évocation de la dépendance alcoolique et dudit métier, mais également en suscitant en plus l’idée de tentative de sevrage, en effet présente dans certaines nouvelles. Ainsi, dans Princesse, Fante décrit entre autres expériences personnelles (bien que l’auteur mette en scène un personnage se prénommant Bruno, il indique lui-même dans l’avant-propos que « bien qu’il s’agisse d’un ouvrage de fiction, la plupart des textes […], datant de 2006, s’inspirent d’incidents réels de [sa] vie à l’époque où [il] conduisai[t] un taxi dans L.A. »), celle de la cure de désintox et, dans Mae West, celle des techniques de sevrage médicamenteuses.
Èvidemment, le roman aborde cette thématique de la dépendance à la boisson tout au long du recueil. Toutefois, au travers des huit nouvelles de Régime sec, Dan Fante brosse surtout un portrait sombre de la Los Angeles. La mégapole s’y montre dure. Tu craindrais de l’arpenter. Elle semble peuplée d’une faune inquiétante que tu aurais peur de fréquenter. Pourtant, la fascination apparaît. Les personnages de brutes (Bob la brute dans le texte éponyme ; Bruno, le narrateur lui-même, qui s’en prend violemment à ceux qui lui sortent par les yeux, de par leur connerie naturelle, mais également parce que l’alcool lui consume toute patience), de femmes à poigne (en même temps les petites copines de Dan Fante ou de son alter ego Bruno : Debra évoquée dans la préface, Kerri dans Mae West), de cinglés (Liberation, le doux dingue bavard et fasciné par son serpent de Princesse ; le personnage de LeBobby dans la nouvelle qui porte son nom, Mme Randolph et sa fille, dans 1647 Ocean Promenade) sont attachants. L’auteur, en écrivain à échecs, qui conduit des taxis par intermittence, avec souvent la gueule de bois, devient une sorte d’ami, qu’on prendrait plaisir à écouter en faisant son affaire à un pack de bières. Pas besoin d’en dire beaucoup plus. Il suffit d’ouvrir un bouquin de Dan Fante et d’en lire quelques lignes pour que la verve décapante de cet auteur trop peu reconnu fasse effet. Pas nécessaire non plus de t’étendre cette fois. Régime sec est un livre court, mais intense et d’une densité qu’il ne faudrait pas réduire en dévoilant trop des histoires pas si fictionnelles que cela qui le composent.

Régime sec (Short Dog : Cab Driver Stories from the L.A. Streets), Dan Fante (2006), traduit de l'anglais par Léon Mercadet, 13e Note, mars 2009, 142 pages, 19€