Cet auteur espagnol, né en 1964, est originaire de Galice. Journaliste, il signe des polars, voire des romans noirs qui se déroulent dans sa province natale. Il écrit en galicien et en castillan. Comme un blues a paru en 1998 en ce dialecte obscur, puis en vrai espagnol avant d'être traduit dans la langue de Molière par les inestimables éditions Asphalte.
Dans ce livre, il propulse le lecteur entre Madrid et Compostelle, aux côtés de Carlos Ovelar, le gérant d'une agence de photographie madrilène, ancien membre des services secrets espagnols. Alberto Bastida, le mari de son ex-femme Susana, le contacte pour partir à la recherche de leur fille Ania. Carlos accepte de « rempiler » temporairement, pour sauver la jeune femme et par sentiment de culpabilité vis-à-vis de son ex-épouse. Mais il va vite regretter : l'enquête le ramène à sa Galice natale, le confronte avec des fantômes de son passé d'agent, parmi lesquels le capitaine Gualtrapa et son propre père, surnommé le Vieux. Un paternel qu'il déteste absolument puisqu'en parfait barbouze, ce dernier a toujours utilisé et trahi les autres pour accomplir ses missions, y compris son fils.
Comme un blues apparaît rapidement comme un récit sombre, dont tu ne peux trop rien dire pour garantir le suspense. Au premier abord, il s'agit d'une investigation assez basique dans les milieux de la drogue. Mais les interventions d'anciens membres des services secrets espagnols, des hommes de l'après-franquisme qui ont œuvré à faire échouer des coups d'état pendant la transition démocratique, donnent une épaisseur historique au roman. Le « héros », un individu torturé par ses démons, l'alcool, la culpabilité par rapport à son passé de barbouze et une autre vis-à-vis de Susana, imprègne le récit d'une mélancolie renforcée par la pluie battante de Galice qui frappe les protagonistes, et leurs errances nocturnes entre scènes de crimes et salons cossus des villas des mafieux locaux.

Aníbal Malvar signe ici un texte de haute volée, si tu te permets cette expression, puisqu'il traite de notions terre-à-terre : la mort, le sexe, la drogue, le ressentiment, la vengeance… La profondeur des personnages, l'authenticité de la narration, la crédibilité de chaque scène, tout tend à classer Comme un blues parmi les meilleurs romans noirs du catalogue Asphalte, et peut-être même du genre. Le livre est impeccable. On n'a rien à y redire.

Comme un blues (À de mosca), Aníbal Malvar (1998), traduit de l'espagnol par Hélène Serrano, Asphalte, Fiction, mars 2017, 280 pages, 20€