On y découvre un homme difforme, vivant dans un phare de pleine mer. Il l’habite seul depuis la mort de sa mère et de son père. Ce dernier, décédé voilà 15 ans, travaillait au gardiennage de l'édifice. Un pêcheur du coin, qui l'a promis au défunt, ravitaille le « monstre » chaque semaine. Le bossu au visage ravagé n’a jamais été vu par personne, n’a jamais connu que ses parents.
L’habitant du rocher passe ses journées à pêcher, sans doute à entretenir le bâtiment et ses équipements, et s’amuse avec un dictionnaire. Il y pioche au hasard des mots et laisse jouer son imagination. Ne sachant pas grand-chose au monde, il crée des scènes parfois surréalistes mais qui ne manquent pas de poésie.

Tout seul brille en effet par la fantaisie qui s’en dégage. Alors que le sujet – un « monstre » « enfermé » loin de tout – ne prête a priori pas à rire, ni même à sourire, Christophe Chabouté réussit pourtant à entraîner le lecteur, à la suite de son protagoniste difforme, dans un univers onirique magnifique et plutôt joyeux. Toutefois, la lecture de certaines entrées, aux sens lourds, fait évoluer le personnage, l’amène à questionner sa situation, son environnement. L’auteur joue habilement de ce mécanisme scénaristique pour, avec un minimum de texte et de phylactères, raconter une histoire touchante et dotée d’une finalité.

Celle-ci est portée par un dessin en noir et blanc, beau, bien que simple. Avecpeu, en tout cas sans s’encombrer de fioritures, en choisissant la simplificité des moyens, Chabouté fait donc beaucoup et livre sans doute une bande dessinée des plus intéressantes, sur le pouvoir de l’imagination, et la force évocatrice des mots. Tu n’as pas besoin d’en dire plus.

Tout seul, Christophe Chabouté (2008), Vents d'Ouest, août 2008, 374 pages, 25€
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