À défaut de déambuler dans les rues (ce que, en réalité, tu n'as pas encore cessé de faire), tu as en effet erré, tout au long du mois d'octobre, aux côtés de différents auteurs ou de leurs personnages.
À commencer par Iain Sinclair, dont les éditions Inculte ont fait paraître London Overground. Cet essai psychogéographique, version plus courte de l'inoubliable London Orbital (Inculte, 2010), possède pour thème la ligne de train circulaire reliant les banlieues de Londres. Accompagné de son ami Andrew Kötting, réalisateur fantasque, il parcourt la voie ferrée sur toute sa longueur, pour « initier un dialogue avec les immeubles, les stations, les quais, les arrêts de bus, les cafés et les pubs », qu'il nous restitue au fil des pages. Érudit, bourré de références littéraires et historiques, London Overground est passionnant et n'a sans doute pour défaut que de ne pas avoir, après lecture de London Orbital, l'attrait de la nouveauté, ni l'ambition de ce précédent ouvrage (300 pages contre 650).
C'est ensuite au côté du personnage de Jack London, dans sa nouvelle Construire un feu, que tu as déambulé. Cette fois, le froid n'était pas un élément mineur, fantasmé pour servir d'introduction aux accents post-moderne à un article de blog. On y suit effectivement un homme ayant entrepris de rejoindre une bourgade pas très éloignée de son point de départ. Un trajet de quelques heures de marche qui va tourner au cauchemar, en plein hiver, quelque part dans le Grand Nord, quand les températures tombent en dessous de -50 degrés. Le texte est frappant, impitoyable, sans faiblesse. Tu comprends qu'il ait fort bonne réputation et que les éditions Libertalia aient entrepris de le republier dans une nouvelle traduction de Philippe Mortimer, sous la forme d'un fascicule de toute beauté, illustré par Tanxxxx.
Puis, parce que tu le suis volontiers dans chacune de ses explorations anthropologiques, autant que littéraires, tu accompagnas Éric Chauvier. Celui-ci te guida dans un bar hype du centre-ville d'une grande agglomération (sans doute Bordeaux), avec ses clients aux allures de stars, copies presque conformes de Lana Del Rey, de Patti Smith ou de personnages des « films d'Ingmar Bergman dans les années 50 ». Chauvier, qui s'est engouffré dans le Dark Rihanna à la suite d'un jeune hipster tout juste agressé par trois jeunes filles de banlieue, essaie de comprendre le pourquoi de cette agression en apparence gratuite. Les Nouvelles métropoles du désir (c'est le titre du livre qui a paru aux éditions Allia) s'avère plaisant à lire grâce à l'humour mordant de l'auteur, mais complexe, peu didactique dans son développement, comme souvent avec les plus petits livres de Chauvier. Il n'en reste pas moins passionnant et instructif.

Dans un tout autre registre, tu as lu, en octobre, non pas deux, mais bien trois romans ajoutés dernièrement au catalogue des éditions Asphalte. Le premier, F, de Antônio Xerxenesky, ne t'as pas du tout convaincu. Le précédent ouvrage de cet auteur brésilien, Avaler du sable (Asphalte, 2015) t'avait plu et tu t'étais promis de lire son prochain livre. Mais ce dernier t'a ennuyé d'un bout à l'autre. D'abord par sa lenteur et son absence d'action, alors que le résumé, plutôt excitant, évoque un contrat pour l'assassinat d'Orson Welles par une redoutable tueuse à gages. Ensuite parce qu'il invite à une réflexion sur la nature de l'art à laquelle aucun aboutissement n'est proposé. Xerxenesky place tous les éléments nécessaires à un roman passionnant mais n'en fait à peu près rien. Heureusement, il réussit quand même à donner envie de découvrir la filmographie du célèbre cinéaste américain.
Beaucoup plus abscons, Sporting Club, premier roman d'Emmanuel Villin, se déroule dans une capitale méditerranéenne. Son nom n'est jamais cité, mais elle s'avère être Beyrouth, ce qui a pour objectif, comme l'intégralité du roman, de donner une atmosphère mystérieuse au texte. Tout comme est censée être déstabilisante l'attente du personnage principal, jeune homme travaillant sur un projet de biographie d'une célébrité récalcitrante. Le texte de Villin s'avère donc un récit d'attente, qui se double d'une dimension bobo. Au sens propre : Sporting Club est un roman bohème qui se déroule dans un environnement bourgeois, qui raconte la dolce vita d'un garçon oisif. Mais aussi au sens figuré, péjoratif : sans intérêt, vide, totalement dispensable et donc tout à fait sympathique. Tu l'oublieras vite. 
Heureusement, tu as également lu un troisième Asphalte, que tu as beaucoup plus apprécié. D'un style différent, polar classique mais efficace, signé par un auteur confirmé, Société noire, de Andreu Martín, nous plonge dans les bas-fonds chinois de Barcelone, au cœur d'une affaire de braquage et de meurtres en lien avec les Triades. Tu en parleras plus longuement d'ici quelques semaines, dans le cadre d'une chronique.

London Overground (London Overground: A Day's Walk around the Ginger Line), Iain Sinclair (2015), traduit de l'anglais par Maxime Berrée, Inculte, Dernière Marge, août 2016, 322 pages, 21,90€
 
Construire un feu (To Build a Fire), Jack London (1908), traduit de l'anglais par Philippe Mortimer, Libertalia, octobre 2013, 74 pages, 7€
 
Les Nouvelles métropoles du désir, Éric Chauvier (2016), Allia, La fin d'une époque - Les conditions du vrai, août 2016, 80 pages, 7€
 
F (F), Antônio Xerxenesky (2015), traduit du portugais par Mélanie Fusaro, Asphalte, Fictions, août 2016, 224 pages, 21€
 
Sporting Club, Emmanuel Villin (2016), Asphalte, Fictions, août 2016, 137 pages, 15€
 
Société noire (Societat negra), Andreu Martín (2013), traduit du catalan par Marianne Millon, Asphalte, Fictions, octobre 2016, 322 pages, 22€