Tu en avais déjà parlé sur ce blog, et tu attendais sa sortie, inévitable, aux éditions Actes Sud. Tu t'es donc jeté sur Heurs et malheurs du sous-majordome Minor, de Patrick DeWitt. L'auteur américain y décrit les aventures de Lucien Minor, dit Lucy, garçon mélancolique, engagé comme sous-majordome, sous les ordres de M. Olderglough, au château Von Aux. Il y croisera une galerie de personnages cocasses ou inquiétants, et il lui arrivera maintes péripéties, dont la plus tragique sera de tomber amoureux de Klara. Si le roman s'avère bon, il t'a légèrement déçu (il ne s'agit sans doute pas du meilleur des DeWitt, après Ablutions et Les Frères Sister). Pourquoi ? À cause de quelques baisses de rythme dans l'intrigue et une impression globale de futilité du récit. Sans doute en attendais-tu trop. Le roman est objectivement de qualité. 

Greg Egan est clairement un des meilleurs auteurs de science-fiction actuels. Les trois recueils de nouvelles parus au Bélial, il y a quelques années (et maintenant disponibles au Livre de Poche),l'ont démontré très clairement. Chaque sortie d'un des ouvrages de cet auteur discret s'avère donc à tes yeux un événement. Cérès et Vesta, paru dans la collection de novellas Une Heure Lumière, aux mêmes éditions indépendantes de SF citées précédemment, se révèle toutefois décevant. On n'y trouve pas le sense of wonder et le niveau de hard science auxquels Egan nous a habitué. La longue nouvelle, plus un récit politique que scientifique, s'avère intéressant et intelligent, mais il n'a pas pour autant transcendé le lecteur que tu es.

Si Egan compte parmi les meilleurs auteurs de SF, Dan Fante, lui, s'avère également un écrivain de qualité. Il a écrit quelques polars qui n'entreront jamais dans la légende, mais il a également signé toute une série de livres, romans ou recueils de nouvelles dans lesquels il met en scène son alter ego, Bruno Fante. Les aventures alcooliques de ce dernier sont très largement inspirées de la vie réelle du fils de John Fante. En crachant du haut des buildings, paru en 2013 dans la collection Pulse des éditions 13e Note, est malheureusement aujourd'hui épuisé. Il appartient à cette catégorie d'ouvrages de Dan décrite ci-dessus, qui passionnent par l'authenticité des situations décrites, la truculence de son personnage principal et les pointes d'humour qui émergent au milieu de la morosité du quotidien d'un prolétaire Américain dans les années 70.

Sous les néons, de Matthew O'Brien, sous-titré Vie et mort dans les souterrains de Las Vegas, est un livre que tu avais l'intention de lire depuis sa sortie aux éditions Inculte en 2012. Malgré la faillite de ces dernières, tu as pu te procurer ce livre épuisé. L'ouvrage retrace l'expérience psychogéographique de son auteur, qui a parcouru le réseau d'évacuation des eaux usées de Las vegas et rencontré ses habitants. Car des gens vivent évidemment dans les tunnels, malgré le danger que représente leur inondation en cas d'orage. Matthew O'Brien ne possède pas un immense talent littéraire. On n'a pas là affaire à un Iain Sinclair et à un London Orbital ou un London Overground. Mais Sous les néons est d'une lecture plaisante, voire passionnant.

Heurs et malheurs du sous-majordome Minor (Undermajordomo Minor), Patrick DeWitt (2015), traduit de l'anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson, Actes Sud, mars 2017, 400 pages, 23€
 
Cérès et Vesta (The Four Thousand, The Eight Hundred), Greg Egan (2015), traduit de l'anglais par Erwann Perchoc, Le Bélial', Une Heure Lumière, février 2017, 120 pages, 8,90€
 
En crachant du haut des buildings (Spitting Off Tall Buildings), Dan Fante (2009), traduit de l'anglais par André Roche, 13e Note, Pulse, mai 2013, 210 pages, épuisé
 
Sous les néons, vie et mort dans les souterrains de Las Vegas (Beneath The Neon), Matthew O'Brien (2007), traduit de l'anglais par Caroline Dumoucel, Inculte, janvier 2012, 290 pages, épuisé