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Tes lectures n’appartenant pas souvent à la catégorie « grand public SFFF », ta sélection devrait se démarquer, au moins par quelques-unes de ses entrées, de celles de tes collègues chroniqueurs et chroniqueuses. Mais pas toutes, car la constitution d’une liste d’incontournables oblige à des choix drastiques. Tu as cherché à mettre en avant de grands livres, qui possèdent un potentiel de pérennité, et qui ont jalonné ces vingt dernières années, telles des bornes sur ton parcours littéraire.
L’exercice ne s’avère pas facile, d’autant plus que tu t’es imposé une contrainte de parité auteurs/autrices. Par principe, mais surtout parce qu’il n’y a pas plus de chefs-d’œuvre écrits par les hommes que par les femmes. La facilité avec laquelle tu as réussi à respecter cette (fausse) contrainte, te l'a montré.
Voici donc ta sélection, par ordre alphabétique des écrivains et écrivaines :

Complications – Nina Allan

En quelques années, Nina Allan est devenue une référence en matière de littérature de science-ficition. Ses nouvelles et ses romans, dans lesquel.les elle tord la réalité et sème des faux-semblants, surprennent et enchantent. Allan s’est fait connaître en France avec le recueil Complications, paru en 2013, et que tu qualifias déjà, à l’époque, d’incontournable.

Complications (The Silver Wing), Nina Allan (2011), traduit de l'anglais par Bernard Sigaud, Tristram, Souple, juin 2013, 224 pages, 19,50€
Complications

 

Outrage et rébellion – Catherine Dufour

On ne présente plus Catherine Dufour, figure majeure de la science-fiction française. Elle a signé en 2005 et 2009 deux grands romans d’une incroyable qualité, prenant place dans le même univers, un futur où la Terre est effroyablement polluée et dominée par les nations asiatiques : Le Goût de l’immortalité et Outrage et rébellion. Si le premier peut certainement être considéré comme un ouvrage incontournable de SF du début du XXIe siècle, le second obtient ta préférence en termes de forme narrative (inspirée de Please Kill Me, de Legs McNeil et Gillian McCain).

Outrage et rébellion, Catherine Dufour (2009), Gallimard, Folio SF, mars 2012, 544 pages, 9,10€
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Océanique – Greg Egan

Avec Axiomatique (1995) et Radieux (1998), Océanique (2009) forme une trilogie de recueils de nouvelles parus au Bélial ces dernières années (2006, 2007 et 2009). Cette série fournit sans aucun doute le meilleur en matière de textes courts de Hard SF. Océanique représente, à ton avis, le plus marquant des trois et trouve donc tout naturellement sa place dans cette sélection.

Océanique, Greg Egan (2009), traduit de l'anglais par Collectif, Le Livre de Poche, novembre 2012, 744 pages, 9,90€
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Notre-Dame-aux-Écailles – Mélanie Fazi

Dans la catégorie fantastique du genre SFFF, Mélanie Fazi se place en maîtresse. Ses œuvres apparaissent d’autant plus admirables qu’elles sont peu nombreuses. Les trois recueils de nouvelles (son format de prédilection) qu’elle a signés, Serpentine (Oxymore, 2004), Notre-Dame-aux-Écailles (Bragelonne, 2008) et Le Jardin des silences (Bragelonne, 2014) sont tous des ouvrages de qualité que toutes les bibliothèques devraient inclure. Le deuxième opus de cette liste s'avère, à ton avis, le meilleur des trois.

Notre-Dame-aux-Écailles, Mélanie Fazi (2008), Gallimard, Folio SF, janvier 2011, 288 pages, épuisé (n'appartient plus au catalogue de l'éditeur) ?
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Bara Yogoï – Léo Henry & Jacques Mucchielli

Une sélection d’incontournables SFFF du début du XXe siècle peut-elle ne pas inclure Léo Henry et Jacques Mucchielli ? Si le second, malheureusement, a disparu, le premier continue d’œuvrer avec talent. Il s’est hissé au sommet du genre, avec des textes splendides, tels que Hildegarde. Avec son regretté acolyte, ils signèrent en 2008 et 2010 trois recueils de nouvelles dans l’univers d’Yirminadingrad, Yama Loka Terminus, Bara Yogoï et Tadjélé, prolongés par l’anthologie Adar. Bara Yogoï doit être considéré comme un ouvrage français majeur du genre, sans réelle comparaison de style, de niveau de langue, d’imagination, de questionnement social en ce début de siècle.

Bara Yogoï, Léo Henry & Jacques Mucchielli (2010), Dystopia, octobre 2016, 160 pages, 10€
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L’Alphabet de flammes – Ben Marcus

Paru chez un éditeur mainstream en 2014 (Les Éditions du Sous-sol), ce roman, bien de science-fiction, est passé totalement inaperçu de la communauté SFFF. Pourtant, il s’agissait sans doute d’un des meilleurs textes étrangers édités cette année-là. Ben Marcus y aborde une de ses thématiques préférées, à savoir le langage. L’Alphabet de flammes doit être lu. Beaucoup plus. Tu en as parlé dans cet article-ci.

L'Alphabet de flammes (The Flame Alphabet), Ben Marcus (2012), traduit de l'anglais par Thierry Decottignies, Éditions du Sous-sol, Feuilleton Fiction, février 2014, 352 pages, 22€
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Avec joie et docilité – Johanna Sinisalo

Johanna Sinisalo offre, avec chacun de ses romans, un agréable moment de lecture, doublé de l’occasion de questionner, avec elle, notre société. Écologie, sexisme, sexualité, Sinisalo a abordé ces différents thèmes. Avec joie et docilité, dystopie uchronique féministe, est sans doute son meilleur ouvrage à ce jour, et un livre à recommander chaudement. Dont acte.

Avec joie et docilité (Aurigon ydin), Johanna Sinisalo (2013), traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, Actes Sud, Lettres Scandinaves, juin 2016, 288 pages, 22,80€
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Anatèm – Neal Stephenson

Tu aimes bien Neal Stephenson. Avec Anatèm, paru enfin en 2018 (dix ans après sa sortie originale aux États-Unis) en France en deux énormes volumes chez Albin Michel Imaginaire, il a signé son chef-d’œuvre. Intelligent, érudit, haletant, épique, romantique, ce livre peut recevoir tous les qualificatifs positifs à disposition du chroniqueur de SFFF. Un must read absolu en matière de hard SFFF accessible.

Anatèm (Anathem), Neal Stephenson (2008), traduit de l'anglais par Jacques Collin, Albin Michel, Imaginaire, octobre et novembre 2018, 656 et 560 pages, 25 et 25€
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Slogans – Maria Soudaïeva

Avec Slogans de Maria Soudaïeva, tu promeus en réalité tout le post-exotisme, courant majeur de la science-fiction, dont Antoine Volodine est la figure de proue. Tu aurais donc pu inclure un livre de cet auteur à cette sélection, mais le choix se serait avéré assez difficile. De plus, les Slogans de Soudaïeva (traduits d’ailleurs par Volodine) correspondent sans doute à la forme la plus extrême du post-exotisme, à la fois témoignage d’un autre univers, militant, desespéré et chargé de réalisme magique.

Slogans, Maria Soudaïeva (2004), traduit du russe par Antoine Volodine, L'Olivier, septembre 2004, 112 pages, 15€
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Spin – Robert Charles Wilson

Robert Charles Wilson est un autre auteur de science-fiction nord-américain incontournable. Ses romans se révèlent tous passionnants. Il réussit habilement à parler de science sans délaisser par ailleurs le récit et les mécanismes qui le rendent efficace, y compris les personnages, qui s’avèrent en général bien structurés. Spin étant son livre le plus connu, et sans doute le meilleur, il trouve ici sa place tout naturellement.

Spin (Spin), Robert Charles Wilson (2005), traduit de l'anglais par Gilles Goullet, Gallimard, Folio SF, mars 2015, 624 pages, 9,70€
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